Mon amour.
Oui un jour j'ai osé lui dire mon amour. Je ne l'avais jamais dit auparavant, ni à lui, ni à personne d'autre de toute évidence, j'étais bien trop reservée pour me prononcer de la sorte. Mais là c'était sortie inconsciemment. Le "ça" avait pris le pas sur le "moi" et le "surmoi". J'avais de réelles pulsions. En réalisant cela, je me dis que j'ai longtemps souhaité être une patiente de Freud. En attendant, j'avais prononcé "Mon amour" et j'étais dans un pétrin des plus dérisoirs. Il n'a pas franchement réagi. Peut être qu'il ne s'en est pas même rendu compte, que ça paraissait tellement absurde qu'il a cru le rêver. J'en sais trop rien, en tout cas je l'ai dit, c'est sorti; et çà lui étais déstiné. Mais il ignorait l'effet que çà produisait en moi. "Mon amour, j'ai le plaisir de t'avouer que mon coeur va pas tarder à exploser, ravagant tout mon appareil digestif et respiratoire, brulant ma peau au delà du degré qu'elle puisse supporter. Mon amour, j'ai le poul qui s'accélère, j'ai la gorge qui se serre, j'vais me liquifier d'une seconde à l'autre." Et j'avais cette foutue impression, quelques secondes après cet acte, d'entendre l'écho. Mon amour mon amour mon amour mon amour mon amour mon amour et le ciel se couvre il passe du bleu au pourpre, du poupre au noir, voilà l'orage et les intempéries, la mauvaise vie, la débauche et l'ennui. Dis donc, tu te rends compte là un peu, ce que çà m'a fait de prononcer çà. J'ai bien vu que tu ne réagissais pas alors j'ai insisté : tu es mon amour.
Et j'ai surenchéri. Tu es l'amour de ma vie, mon bel amour, mon tendre amour. Tu n'as même pas réagi. T'as pas bougé d'un millimètre. Tu as continué à regarder le ciel. A quoi tu pensais à ce moment là?
Hein? Mon amour.